d'Isabelle Delannoy
Périple de Noix de Coco II en Corse
(par la femme du capitaine)

Jeudi 26 juillet 2007, 11 heures : le petit coup de mistral du début de semaine s'essouffle. Nous sommes prêts à rejoindre la Corse.
Départ de la Bergerie (presqu'île de Giens) : cap sur Bonifacio.
Nous voyons Port Cros et l'île du Levant pendant plusieurs heures, puis, c'est l'horizon sur 360°. Ca a quelque chose de magique de ne plus voir la terre.
Ca faisait si longtemps !!!
Un vent faible de secteur ouest-nord-ouest nous pousse vers l'île de Beauté, mais très vite, il s'endort. La mer n'est pas si calme qu'on aurait pu l'espérer : une houle résiduelle latérale nous balance toute la nuit. Pas de vent et de la houle, c'est ce que l'on déteste le plus !
Le moteur est très vite sollicité avec quelques interruptions à la voile un peu utopistes ! Nous apprécions cependant notre Yanmar 2GM d'autant plus que sa consommation est très faible (environ 1 litre à l'heure à 2000 tours).
Le capitaine râle !! Il a mal à la tête à cause du bruit et moi, je n'arrive pas vraiment à dormir quand la relève du quart me le permet.
Je suis surprise par l'intense humidité. Les polaires et les cirés sont de sortie. Des gouttes tombent une à une de la bôme. Je me réfugie en haut de l'escalier, assise, les yeux dépassant à peine du capot. J'ai froid ! Une seule consolation : le ciel est superbe. Je cherche Orion en vain : je crois que ce n'est pas la bonne saison. Mes connaissances en astronomie sont très limitées hélas.
On ne rencontre pas autant de bateaux qu'on aurait pu l'imaginer. Quelques ferries, des bateaux de pêche, un voilier. En tout, quatre ou cinq.
En milieu de matinée, nous apercevons les côtes corses. Le réseau téléphonique nous permet de rassurer la famille par textos.
Il n'y a toujours pas de vent et cette houle ne nous quitte pas. Nous sommes tous les deux fatigués, aussi, nous rejoignons Porto Pollo qui se trouve au nord de la baie de Propriano sans vraiment quitter notre cap initial. Cela fait 32 heures que nous avons quitté la presqu'île de Giens.
Il est 16 heures. Nous jetons l'ancre. Autour de nous, il y a une course de Mumm. Il y en a un qui perd son spi. Non, non ! On ne rit pas !
Repos bien mérité, un p'tit apéro le soir pour fêter notre arrivée (on trouve toujours une excuse pour boire l'apéro !)
Samedi, et oui, déjà, nous nous rendons à Propriano. J'appelle la Capitainerie pour demander une place : douche froide : "Il n'y a pas de place pour les petits bateaux !!!"
Quelle claque ! Bienvenue en Corse ! J'insiste un peu en disant : même un petit bout de quai ???
"Sur le ponton en béton devant la station service !" me dit-il. "Merci Monsieur !"
- 22 euros et pour le même prix, pas d'eau, pas d'électricité !!
L'accueil de la dame est beaucoup plus chaleureux. Douches, resto, courses, plein d'eau et de carburant (5 euros pour prendre 45 litres d'eau !!! C'est un forfait !)… et nous voici repartis vers Bonifacio. La houle est toujours là, elle est même plus forte. Un à deux mètres. Le vent est de nord-ouest 12 à 15 noeuds et nous allons au sud-ouest. Pas top du tout. C'est carrément merdique !
Il n'y a pas grand monde en mer. Le vent forcit à l'approche du port de Bonifacio dont nous ne distinguons pas l'entrée. Heureusement, un bateau à moteur vient d'en sortir. Ouf !
J'appelle la capitainerie : ILS ONT LE MEME DISQUE OU QUOI ??? : le gars me dit : "Il n'y a pas de places pour les petits bateaux !!!!" J'hallucine !!
"Même un petit bout de quai ???"
"Il n'y a pas de places pour les petits bateaux !!!!!" me répète-t-il avec véhémence !!!
Je bous !!! Le temps devient vraiment très mauvais. Mon capitaine dit qu'il y a deux calanques à l'entrée du chenal : on verra bien, sinon… ché nin douc on va aller ?? (je ne sais pas où on va aller !)
Le vent est de plus en plus fort. Il nous nargue !!! Ce chenal et un vrai courant d'air.
Dans la première calanque, mouillent trois grands voiliers attachés par l'arrière à la falaise.
La deuxième calanque est beaucoup plus grande, mais il y a beaucoup de monde.
Noix de Coco II paraît tout petit dans la première calanque de Bonifacio.
Nous retournons donc dans la première. Notre annexe n'est toujours pas gonflée Nous demandons donc un coup de main aux ados du voilier voisin pour amarrer Noix de coco aux rochers. C'est sportif ! Les gosses ne savent pas faire de nœud. Au bout de quelques minutes, mon capitaine de mari y va à la nage.
En attendant, je repousse du pied tantôt le voilier de droite, tantôt le voilier de gauche.
Ca y est, on est enfin installés. Pour fêter ça, on boit…. oui, c'est ça, l'apéro !
C'est drôle, il y a quelques années, quand nous avions fait le tour de Corse en camping avec nos trois enfants, j'avais repérée cette petite calanque ; elle me plaisait beaucoup.
Le vent forcit le lendemain et peu de voiliers sortent. On en voit deux revenir avec le génois arraché !
Comme on dit chez nous, "in est ben ichi !" (on est bien ici)
Nous rions de voir la tête joviale des touristes qui prennent les promène-couillons pour visiter les grottes et les Lavezzi. C'est surtout quand ils reviennent que c'est très drôle ! Plus un mot, plus un sourire, plutôt une mine grise voire verte... et surtout… humide !
Il y a tellement de vagues et de vent dans le chenal que nous hésitons tous à rejoindre la ville en annexe.
Au passage, j'apprécie la belle annexe que mon capitaine m'a achetée. C'était une de mes exigences pour reprendre la voile. Je ne voulais plus avoir les fesses mouillées !!! Je ne voulais plus retrouver une annexe dégonflée sur la plage ! J'ai connu ça pendant un an, c'est fini !!!
Nous avons acquis une Honwave équipée d'un moteur Honda 2,3 CV très sobre. Elle est juste un peu lourde, mais on ne peut pas tout avoir.
inconfortable remuant, aussi, nous nous rendons en annexe à la capitainerie au cas où il y aurait, peut-être, par hasard, une petite place pour un petit bateau ????
Le lendemain, nous tentons de remonter le chenal en annexe jusqu'au port. Dans ce sens-là ça va ! La ville est vraiment très sympa et atypique, mais que de monde. Au retour, on sera bien saucés ! Ca fait bien rire nos voisins de mouillage.
Nos voisins sont bloqués car leur moteur d'annexe ne fonctionne pas. C'est une loc ! Ils ont loué le voilier à Bonifacio et dès qu'ils ont eu les clés, on leur a prié de partir pour libérer la place, et ce quelque soit le temps ! Ils n'ont que 25 mètres de chaîne pour un bateau de 15 mètres. L'ancre ne tient plus. Et bien sûr, pendant notre virée en ville, ils ripent … sur nous ! Heureusement que l'autre voisin fait le nécessaire. Sympa.
Le deuxième soir, l'équipage d'un voilier allemand s'est mis dans la tête que si les trois grands voiliers (donc pas nous !) s'attachaient en série par l'avant avec deux retours extérieurs vers les rochers, ça serait plus sûr. On n'a pas tout compris. Toujours est-il qu'en voulant exécuter cette tâche (alors qu'il faisait déjà noir !) Ils ont explosé leur annexe sur les rochers acérés de la falaise. Pccchhhtttt !
Deux des trois passagers de l'annexe ont juste le temps de sauver le moteur et de monter sur les rochers. Le troisième est revenu tant bien que mal en se tenant au fameux bout sur son annexe plate comme une crêpe.
Ayant été témoin de la situation, j'alerte nos voisins qui possèdent une grande annexe. Le type n'arrive pas à démarrer son moteur. Mon mari et moi décidons d'aller rechercher les naufragés à la rame.
A chaque ressac, les vagues nous poussent sur ces fameux rochers aussi tranchants qu'une hache. J'ai peur qu'à notre tour, nous crevions notre annexe toute neuve. C'est l'embarquement de leur gros moteur qui pose le plus de problème. Nous le plaçons tant bien que mal sur le tableau arrière. Les deux allemands sautent enfin et le plus vieux se retrouve à quatre pattes. Il est bien écorché le pauvre. Ses genoux et ses pieds sont en sang. Nous ramenons l'équipage à son bateau. Tous insistent pour qu'on monte à bord boire un coup. Il est déjà 22 heures. Nous déclinons l'invitation. Le papy ensanglanté nous rappelle et nous offre une bouteille de vin rouge.
Il faudra trois jours avant que la mer et le vent ne se calment.
Les Lavezzi semblent être la destination de tous ceux qui ont été bloqués . Nous y passerons une autre fois. Il nous faut remonter vers Cargèse pour récupérer des amis. Mouillage sympa près de Tizzano.puis le lendemain à la pointe de Parata à proximité des îles Sanguinaires.
Ajaccio ? On n'essaie même pas d'y aller CAR JE SUIS SURE QU'IL N'Y A PAS DE PLACES POUR LES PETITS BATEAUX (on me le confirmera par la suite).
Deux jours de suite, nous avons de bonnes conditions de navigation. Sud-ouest (vent dominant en Corse l'été) mer peu agitée. Nous envoyons le spi mais le bateau n'est pas super équipé pour cela. Nous gagnons cependant deux nœuds.
Une dernière escale à Sagone : la plage est belle mais l'architecture n'est pas vraiment typique de la Corse, de plus, le mouillage est rouleur dès que le vent tombe.
Enfin Cargèse, notre lieu de rendez-vous. Nous y sommes à l'avance, mais avec cette météo capricieuse, nous avons préféré assurer. Le mouillage devant le port est plutôt incorfortable remuant, aussi, nous nous rendons en annexe à la capitainerie au cas ou il y aurait, peut-être, par hasard, une petite place pour un petit bateau ????

Le port de Cargèse
"Mais bien sûr !!!"Nous répond une adorable jeune fille. Ouah !!! Je rêve ! Nous sommes en début d'après-midi, c'est la bonne heure pour espérer une place. Le port est petit mais très sympa. Les bateaux de pêche côtoient les voiliers. Sur les pontons, on ne trouve que des petits bateaux à moteurs. Les voiliers sont parqués le long du quai, amarrés par l'avant avec une pendille pour l'arrière.Le gars de la capitainerie nous attend. Je saute et gentiment, il me montre la pendille il faut prendre. C'est vrai qu'il est habillé en blanc, ça serait dommage de se salir !
L'accueil est cependant très sympa.: 22 euros la nuit + 2 euros par douche. On n'a de l'eau qu'entre 18 H 45 à 19 H 45. Mince ! On a oublié l'adaptateur du tuyau au chantier ! Un voisin nous prête le sien.
Bien que le bateau soit stocké à La Seyne sur mer, nous sommes immatriculés à Dunkerque parce que fiers d'être ch'tis. En arrivant, un immense Jeanneau 54 de Dunkerque nous a repérés. Il vient nous dire bonjour. C'est vrai qu'on n'est pas nombreux dans le coin. Il nous parle de Girolata, de son accueil, des services de la capitainerie. Sur le site, on m'avait déjà conseillée d'y arriver après une traversée,mais nous avions décidé de viser d'abord le sud car les vents dominants sont plus favorables pour remonter la côte occidentale.
Il faut de bonnes jambes pour monter à Cargèse, surtout si on prend le raccourci du cimetière. Pas bêtes, nous attendons les copains pour faire l'avitaillement (car ils sont en voiture !)
A Cargèse, il y a deux églises, une orthodoxe et une catholique. L'orthodoxe est très jolie. Les peintures intérieures valent le détour. Bizarrement, c'est le même prêtre qui officie dans les deux églises. Le village fut peuplé de grecs au temps des génois.
Ca y est ! Les amis sont arrivés après leur semaine de marche autour de Porto.
Nous n'avons pas souhaité les récupérer à Porto car les accès sont parfois difficiles voire impossibles. A Cargèse, il n'y a pas de problèmes.
Ils n'ont jamais vu le bateau. Ils n'ont jamais vu de bateaux tout court ! On les avait prévenus que c'était tout petit, qu'il fallait un chausse-pied pour rentrer dans la cabine arrière et un casque pour se laver les dents. Tout va bien, ils ont l'air contents quand même.

Première navigation pour nos amis
Premier mouillage après 6 milles au nord de Cargèse pour amariner notre nouvel équipage. Super sympa, rocher remarquable ressemblant à un nounours boudeur. Nous sommes juste au sud du Cap Rosso dans la baie d'Arone.
Nous plongeons, sortons la guitare… puis, c'est bien sûr… l'apéro !

Mouillage au sud du Cap Rosso avec son rocher remarquable

Noix de Coco II sous spi
Deuxième jour, mer calme, vent faible, nous envoyons le spi et nous dirigeons vers Girolata. Nous mouillons devant la plage située au sud et nous nous rendons en annexe au port. C'est super sympa. Ca me fait penser à un marigot Antillais. L'ambiance y est la même, les vaches errantes qui sillonnent la plage remplaçant les chèvres et cabris d'outre Atlantique.
Nous demandons à la Capitainerie si nous pouvons avoir une place pour le lendemain. Ici, on peut réserver sa place, c'est bon à savoir pour ceux qui veulent traverser et assurer leur arrivée. Nous ferons cela la prochaine fois.
Le super accueil d'une jeune fille dodue et de son collègue nous réconcilie définitivement avec les ports corses. "Ici, il y a toujours de la place pour les petits bateaux si vous ne venez pas trop tard, mais je veux bien noter votre nom pour demain".
Nous mangeons très bien à la Cabane du Berger… trop bien, trop copieux pour nos estomacs habitués depuis dix jours à de petites salades composées. Je fais des efforts pour finir les plats… Je n'en peux plus ! Je n'aurais pas dû prendre deux fois la soupe de poissons en entrée. Dès notre retour à bord, je nourris les poissons. Rendre à la mer ce qui appartient à la mer ! Je suis un peu gênée par rapport aux amis qui nous ont offert le resto !
Ce deuxième mouillage paraissait plus sympa tout à l'heure. Il y a une dizaine de voiliers. Ca roule un peu. Le vent tombe et bien sûr, la petite houle (pour l'instant) persiste. Le bateau se met de travers, puis tourne autour de la chaîne. Pendant une nuit, nous allons être ballotés comme rarement on l'a été (si ! à Madère dans l'avant-port il y a dix ans !). Ce n'est plus un voilier : c'est un métronome !
Il n'y a qu'ici, en Méditerranée qu'il y a de la houle et pas de vent !!! Je ne m'y fais pas ! Je préfère de loin un mouillage avec 35 nœuds de vent !
C'est l'enfer ! On ne ferme pas l'œil de la nuit pris au piège. Impossible d'aller ailleurs, on ne connaît pas, il fait noir. De toute façon, il y a de la houle partout dans cette baie.
Je rassure les copains sur les bruits "bizarres" qu'ils entendent toute la nuit.
"C'est normal !!" leur dis-je à la façon de l'humoriste Cavannagh.
Tout claque, la bôme, les drisses, le safran, les bouteilles, la vaisselle, le four… Quelle galère !!! Ca c'est un baptême !!!
Plusieurs fois, on jette un œil dehors, et à chaque fois, nous sommes dans un sens différent.
Deux bateaux, n'en pouvant plus, partent en pleine nuit. Je ne sais vraiment pas où ils se rendent. Peut-être au mouillage de Girolata ? Ca ne doit guère être mieux.
Dès le lever du jour, nous quittons cet endroit hostile pour aller déjeuner plus au nord de la baie.
C'est mieux mais il faut quand même tenir son bol à la main. On explique aux amis que la voile, ce n'est pas toujours le paradis tel que les gens l'imaginent. Ils sont très compréhensifs. Après tout, on n'y peut rien !
Vers 10 h, nous appelons la capitainerie et attendons que le Zodiac viennent nous placer.
Une bouée devant, et une derrière pour 14 euros par jour. Ils sont vraiment super gentils !
Une petite épicerie avec quelques produits frais, des cartes postales, des souvenirs jouxte la Capitainerie. On y trouve également des glaçons : une grosse poche plastique pour 3 euros alors qu'à Cargèse, pour le même prix, on en avait moitié moins. Plusieurs restaurants pour toutes les bourses bordent la plage.

Le port très protégé de Girolata
Ici, il n'y a pas d'accès par la route. Seuls les randonneurs s'y arrêtent pour la nuit ainsi que les voileux, bateaux à moteur, et promène-couillons d'un jour.
Une sieste réparatrice s'impose après cette nuit blanche.
J'ai dû manger pour huit jours car je n'arrive plus à avaler quoi que ce soit. Ecoeurée de nourriture.
Quelle nuit calme. Que d'étoiles dans le ciel. C'est superbe !
Le lendemain, le vent se lève. La mer aussi. Y'avait longtemps !!! Nous décidons de rester un jour de plus. De toutes façons, visiter Scandola par ce temps, ce n'est pas top. Il faut une mer calme si on veut plonger et mouiller en toute sécurité.
Seulement, le surlendemain, c'est encore pire !!! Un arrêté préfectoral interdit toutes sorties de navettes touristiques et invite les marins à ne pas sortir en mer.
A Porto, les vagues sont ENORMES. Il y a une houle de 4 mètres !!
Mais c'est quoi cette mer ???!!! Nous sommes déjà jeudi et nos amis doivent repartir dimanche de Cargèse ! L'avis vaut jusque vendredi midi.
L'épicerie n'est de ce fait plus achalandée par les navettes. Son stock de pains congelés part en quelques heures. Mon mari propose de faire un pain lui-même comme au bon vieux temps de notre épopée antillaise. (Nous avons installé un four à bord). Il est excellent ; il n'a pas perdu la main notre boulanger de secours.

Nous ne mourrons pas de faim, nous avons du pain.
Le vendredi midi, nous nous préparons enfin à lever les voiles.
Girolata, on la connaît sous toutes les coutures : ses balades, ses terrasses, sa plage, ses vaches errantes, les bateaux… trois jours, ça suffit.
Quelques bateaux partent… puis reviennent aussitôt !! Aïe ! Ce n'est pas bon signe.
Ici, on est super protégés, mais dehors, la houle est toujours là ! On entend le placeur dire à un bateau prêt à appareiller : " Vous partez ? Avec cette mer ??? Demandez un peu à ceux qui reviennent comment c'est dehors !"
Bon ! On va encore rester une nuit ! Nous avons à bord un équipage inexpérimenté et puis… on s'est assez fait secouer dans notre vie de marins, alors… quand on a le choix…
Je propose à l'équipage de faire une belle balade jusqu'à la fameuse plage devant laquelle nous avions mouillé le deuxième jour. Nous emmenons le pique-nique. Environ deux heures de marche aller-retour.
Dimanche, nous quittons Girolata assez tôt en direction de la réserve de Scandola. Je remercie le Capitaine du port pour l'accueil qui nous a été réservé et pour la gentillesse du personnel. Il me répond qu'ils font tous de leur mieux pour être en adéquation avec la beauté du site dans lequel ils vivent. Dans un site exceptionnel, nous devons être exceptionnels. C'est beau !!!
Il est sensible à mes remerciements. Ca ne mange pas de pain.
Un petit passage prévu pour un seul bateau nous mène vers la réserve.
Bien sûr, au dernier moment, on se retrouve à trois au même endroit !

Passage étroit à l'approche de Scandola
Mouillage de jour dans la réserve de Scandola
Nous jetons l'ancre dans un mouillage prévu pour la journée. C'est superbe !
Il faudra qu'on y retourne !

Nous plongeons un bon moment mais une méduse me frôle le masque ! Il n'en faut pas plus pour me faire sortir de l'eau ! Gâcheuse !
Ces roches rouges sont impressionnantes de beauté. On dirait par endroit que des hommes y ont taillé des escaliers.
Les gardes de la réserve sillonnent la baie à l'affût des plongeurs munis de bouteilles, ce qui est formellement interdit.

C'est avec ces roches rouges que les habitants de Girolata ont construit leur maison.
Au bout d'une heure de mouillage paradisiaque, des promène-couillons arrivent avec leurs haut-parleurs. Ils polluent ce site merveilleux dans tous les sens du terme. Mais… soyons tolérants ; on n'a pas tous la chance d'avoir un bateau, et avouons-le, il y a quelques années, nous avons pris ce genre de bateau avec les enfants pour voir Bonifacio de la mer. Oui oui, on a été couillons nous aussi !

Retour vers Cargèse
Dans la même journée, nous rejoignons Cargèse pour y redéposer nos amis.
Nous faisons un grand bord au près. Mon amie s'inquiète de l'inclinaison du bateau. "On ne va pas se retourner ?" "Mais non… c'est normal !!"
Cette fois-ci, il n'y a pas de place au port . C'est vrai qu'il est déjà 16 heures.
Le responsable nous propose une place au quai carburant à 18 H 30 mais il faudra quitter avant 8 H 30 demain matin. Or, nous comptons avitailler et prendre de l'eau pour repartir sur le continent.
Nous optons donc pour le mouillage qui s'avèrera très moyen au niveau du confort.
Cette fois-ci, les courses se feront à pied ! C'est raide ! Et dire qu'on a laissé le diable dans le coffre de l'auto. Heureusement, il ne nous faut pas grand-chose notre périple se terminant bientôt.
La météo s'annonce clémente pour les trois jours à venir. Il ne s'agit pas de se prendre un coup de mistral dans le nez !!! Le risque est de tout faire au moteur… et c'est ce qu'il arrivera.
Nous quittons Cargèse vers midi. La mer est plate (ah bon ? ça existe ?) pas un pet de vent (bof), beaucoup d'humidité (brrr), beaucoup de brume (y'a quelqu'un ?) mais un ciel superbe (ouah !), pas de lune (il fait noir !), peu de bateaux (tant mieux).
A seulement trois miles des côtes nous apercevons enfin Port Cros qui émerge de la brume, et après 23 heures de moteur, nous jetons l'ancre dans la baie de Port Man. Il nous faut mouiller par 16 mètres de fond.
Il y a un monde fou ! Et le monde est fou !! C'est vrai que nous sommes le 14 août. Nous sommes fatigués comme toujours après une nuit de quarts.
Pendant que mon capitaine fait la sieste, des allemands arrivent sur un bateau de loc de 15 mètres (aïe !). Ils veulent absolument mouiller 20 m devant nous.
Je le sens mal !! Et j'ai raison. Le gars met la marche arrière à fond, recule en me regardant ; je fais non de la tête lui faisant comprendre que c'est plutôt mal parti. Il se rend compte que "ça ne va pas le faire"… mais trop tard, son flan arrière tribord racle notre davier ! Une belle rayure sur un beau bateau de propriétaire qui ne va pas être content du tout!
Jamais je ne louerai mon bateau !!!!!!!!!!!!!
Je me dis qu'ils vont aller mouiller ailleurs…. mais non !!! Pensez-vous !
Ils reviennent exactement au même endroit. Cette fois-ci, j'insiste pour que mon mari se réveille. Il sort en râlant. " Mais regarde-les lui dis-je, ils vont encore nous foncer dessus !" Rebelote… On met un pare-battage sur le davier. Ils tapent exactement au même endroit… Mais le pire reste à venir… en voulant remonter leur ancre…. ils emmènent la nôtre. On est verts !!! Branle-bas de combat. Moteur ! libère la barre ! pare-battage !
Lui et nous dérivons sur une sorte de gros Zodiac habitable qui se retrouve en sandwich. Les pauvres n'en reviennent pas.
Ils essayent de libérer notre ancre. Ouf, ça y est. Chacun part de son côté. Nous sommes furieux et ça doit se voir. Le gars du Zodiac traite les allemands de fous.
Nous allons remouiller plus à l'avant car quelques bateaux ont libéré des places.
Quinze minutes plus tard, une annexe arrive de je ne sais où. A bord : deux des allemands dont le super skipper. Ils nous amènent une bouteille de rouge :
"Che n'avais pas fu que ch'emmenais votre ancre ! Excussez-moi !"
Ah ! quand même !
Ainsi s'achève notre virée en Corse. Nous regagnons La Seyne-sur-Mer pour hiverner notre Noix de Coco qui a beaucoup de qualités… mais un gros défaut : il est trop petit. Nous pensons sérieusement à passer à la taille supérieure.
Caractéristiques de Noix de Coco II que nous avons acquis à Pâques 2006 :
Fantasia de 1983 version quillard
Remotorisé en Yanmar 2 GM en 1993
Grand voile à enrouleur sur bôme Profurl
Génois à enrouleur
Spi
Guindeau électrique
etc…
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