Safran Cassé

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            photo prise par L’Imprévu 

Le 2 août 08 au matin, deux Fantasia, L'Imprévu et Yarmat, partent de St Quay Portrieux ( 22 ) pour rejoindre Guernesey en route directe ( 50 miles )

Départ 7h à marée haute, vent Sud force 3 à 4, cap au nord.
Vers 11h, le vent passe SO force 5, le ciel se couvre, la mer devient agitée, la visibilité reste bonne.
Yarmat rentre le génois et prend deux ris dans la grand voile
Vers midi, les deux bateaux croisent à environ 25 miles au large de St Quay, prés du plateau des Roches Douvres, à  5 miles au SE du plateau rocheux de Barnouic.

Vers 12h, un bruit se fait entendre à bord de Yarmat, comme un choc.
L'équipage constate que le safran n'est plus efficace : il s'est brisé, plié à l'équerre sur toute sa largeur au dessus de la ferrure inférieure dont une patte est cassée, la partie brisée du safran restant accrochée au bateau.

Yarmat informe l'Imprévu par VHF, celui-ci se rapproche et reste sur zone le temps de trouver une solution.

Yarmat affale la grand voile, met le moteur en route puis, pour essayer de garder un cap de retour, brêle la rame de bord sur la partie supérieure du safran mais le dispositif n'est pas assez efficace. On le complète par la sortie d'un bout de génois mais le bateau pivote des qu'il prend le vent.
Compte tenu de la force du vent et de l'état de la mer, le bateau n'est plus gouvernable et pour finir, la rame se brise
Par ailleurs, sous l'effet combiné du vent et du courant de renverse, le bateau dérive maintenant au NO vers le plateau rocheux de Barnouic, à une vitesse d'environ à 2 miles à l'heure.

Vers 12h30, ne voyant pas d'autre solution, Yarmat appelle le CROSS par VHF, celui ci déclenche une opération de sauvetage.

Vers 13h30, la vedette SNSM de St Quay arrive sur zone, Yarmat n'est plus qu'à 1,5 miles du plateau rocheux de Barnouic et en voit déjà nettement les brisants…

Yarmat étant sorti d'affaire, L'Imprévu reprends sa route.
Tout l'équipage lui adresse un grand merci pour être resté sur zone pendant 1h30 malgré la mer agitée et l'avoir sécurisé, merci pour la solidarité !

La SNSM rassure l'équipage et lance une longue amarre qui est frappée à l'avant ; mais des que la SNSM accélère, Yarmat part en embardées.

Pour y remédier La SNSM indique plusieurs dispositions qui sont mises en œuvre :
- une lourde rame brêlée en remplacement de celle cassée (mais les efforts à fournir sont trop importants)
- une lourde ancre flottante accrochée à l'arrière (un gros pneu retenu par un cordage)

Les embardées restent malgré tout trop dangereuses pour l'équipage, la SNSM décide de le faire monter à son bord puis accélère progressivement, elle doit cependant limiter sa vitesse autour de 6,5 nœuds pour que Yarmat reste à flot malgré les embardées.

Vers 18h30, Yarmat arrive à St Quay remorqué par la SNSM

Un très grand MERCI à la Sainte-Anne du Port, vedette SNSM 156 basée à St Quay, !
Tout l'équipage de Yarmat  a pu apprécier son dévouement, son accueil très chaleureux et son professionnalisme !


Quelques enseignements à tirer de cette mésaventure :

-      Prise au vent du biquille sans safran :
En cas de pivotement sur son axe vertical, le biquille n'est pas freiné par ses deux quilles qui sont à distance de l'axe et perpendiculaires à celui-ci alors que sur un quillard ou un dériveur lesté, la dérive placée au centre freine la rotation d'où sans doute la difficulté à gouverner un biquille sans safran.

-      Remorquage du biquille sans safran :
En cas de mer agitée et avec du vent, le remorquage pose problème : le biquille ne reste pas dans l'axe, il ne cesse de faire des embardées, part en appui tantôt sur bâbord, tantôt sur tribord, en une sorte de " pas du patineur " d'où la nécessité de prévoir une ancre flottante très puissante à l'arrière pour le retenir

-      Safran " de secours "
Il apparaît fort utile de disposer à bord d'un " safran de secours " éfficace et facile à installer : ce pourrait être par exemple une planche de dimensions réduites (juste ce qu'il faut pour gouverner le bateau au moteur), à fixer sur la partie supérieure du safran (cette partie reste en place en général car le safran casse le plus souvent sous l'étrier inférieur) ; ceci aurait sans doute permis de rentrer au moteur sans appeler les secours ou au moins de se maintenir à distance du plateau rocheux.


Coût de l'intervention de la SNSM : 6h à 345€/h = 2070€ ( qui devraient être couverts par l'assurance )

Dégâts constatés à l'arrivée sur YARMAT ( qui devraient être couverts par l'assurance, en partie seulement du fait de la vetusté ) :

- safran cassé, fémelot inférieur cassé, aiguillot inférieur tordu (axe)
- ferrure d'étrave cassée lors des embardées ( deux oreilles ), renfort de fixation perdu (ridoir qui retenait la ferrure d’étrave par en dessous)
- un pied de chandelier arraché
- tableau arrière épaufré
- accroc dans la voile
- rame brisée


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Jacques Simon